Réforme de la formation : quel nouveau modèle pour l’alternance ?


Une libéralisation du secteur de l’apprentissage généralisée en 2020 :

La nouvelle réforme de la formation professionnelle prévoit une transformation qui vise à bouleverser tout l’écosystème de l’apprentissage. Désormais les Régions ne piloteront plus financièrement les CFA (centres de formation d’apprentis), elles interviendront néanmoins en matière de financement des CFA à deux niveaux :

  • elles disposeront d’une dotation évaluée sur la base des investissements qu’elles auront réalisés sur la période 2017-2019 ;
  • elles compléteront la prise en charge des contrats dans une logique d’aménagement du territoire ou de développement économique pour plus d’équité (ex. ne pas pénaliser les zones rurales aux faibles effectifs) ;

La feuille de route du gouvernement est donc restée identique du début à la fin puisque ce sont bien les OPCO qui devront s’assurer du financement des contrats d’apprentissage et de professionnalisation selon les niveaux de prise en charge fixés par les branches professionnelles : les cartes régionales d’apprentissage disparaîtront définitivement en 2020, même si les Régions conservent la responsabilité de l’orientation des jeunes. 

Le « coût au contrat » nouveau moyen pour financer les CFA

De leur côté, les directeurs de CFA devront sérieusement repenser leur budget de fonctionnement : les CFA toucheront pour chaque jeune en contrat d’apprentissage une somme forfaitaire appelée « coût-contrat ». En somme, plus un CFA aura de jeunes en contrat, plus celui-ci pourra améliorer ses ressources. Ce financement du coût-contrat sera défini au niveau national par les branches professionnelles (financement par les OPCO). Les branches ont jusqu’à fin février pour proposer des montants qui seront arbitrés ensuite par France Compétences d’ici fin avril.

Un levier économique pour les organismes voire pour les entreprises…

« Nous passons d’une logique administrée à une logique de marché »


Dominique Crayssac, directeur régional formation-enseignement-emploi de la CCI Occitanie

Tout organisme peut dès à présent développer une activité nouvelle sur l’ensemble du territoire sans autorisation préalable. Il est ainsi possible d’ouvrir un centre de formation d’apprentis sans avoir à conclure une convention avec un Conseil régional. Concernant les travailleurs actifs, l’alternance continue d’être financée notamment grâce à la création de la « Pro-A » qui, en remplacement de la période de professionnalisation, encourage la reconversion ou la formation professionnelle des salariés par l’alternance (encouragée pour les salariés ne disposant pas de certification niveau 6). En parallèle, les entreprises pourront demain créer plus aisément leurs propres « écoles d’entreprise » !

« Avec la loi Avenir Professionnel, la notion de CFA, va fortement évoluer, puisque ceux-ci deviennent des organismes de formation comme les autres. »

Jean Christophe Chamayou (Fondateur du cabinet Lafayette Associés)

… mais qui nécessite la mise en place d’une organisation spécifique et le respect d’obligations !

Afin de mieux développer l’offre de services des CFA, il faudra bien évidemment pouvoir s’adapter aux attentes de la cible ! Pour cela, il faudra rendre le plus attractif possible l’offre de formation en y intégrant les innovations tant technologiques que pédagogiques. Ensuite, la nouvelle Loi Avenir Professionnel n’a cessé de le dire, il faut poursuivre une logique reposant sur les compétences, celle-ci permettant de répondre aux besoins réels et futurs du marché de l’emploi ! Le second objectif des CFA sera ainsi de segmenter et identifier les futurs candidats. Pour cela, implanter dans les centres de formation des outils de sourcing (diffuser une offre de formation cohérente et étendue) constitue un bon moyen pour attirer les jeunes vers des métiers et filières nouvelles surtout si « 85% des emplois de 2030 n’existent pas aujourd’hui » ! (étude apport de Dell et «l’Institut pour le Futur»)

Enfin, les organismes candidats au statut de CFA devront adopter les bons réflexes sur le plan administratif ou encore juridique, à savoir respecter les diverses obligations pour exercer : les obligations juridiques et comptables, les obligations liées à la qualité d’organismes de formation et les autres obligations tierces (inscription de l’activité d’apprentissage dans les statuts, référent handicap…).

La capacité à préparer un titre ou un diplôme

L’alternance par l’apprentissage et la professionnalisation devra obligatoirement préparer à un titre ou à un diplôme du RNCP : « Tout CFA doit donc être en mesure de justifier sa capacité à permettre à chaque apprenti d’obtenir un titre certifié au RNCP ». Les nouvelles règles d’éligibilité au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP), et notamment le découpage en blocs de compétences, inciteront les CFA à bâtir une véritable stratégie de certification en travaillant sur les niveaux, les équivalences et les dispositifs d’accès.

Autre critère de certification pour ces organismes, ils devront être déclarés au titre de la formation professionnelle continue et disposer d’un label qualité (cf. rapport Brunet sur le développement de l’apprentissage (n°43 Rapport Brunel), à savoir avoir obtenu un des actuels labels agréés par le Cnefop, ou être référencés dans le cadre de Datadock (pour les nouveaux entrants) pour pouvoir être financés par les OPCO (au plus tard le 01/01/2021).

L’apparition d’une nouvelle concurrence

Pour les CFA, la réforme ouvre certes le champ au développement d’une concurrence de plus en plus accrue, mais c’est également l’opportunité de repenser à la fois son modèle économique ainsi que son modèle de développement. La simplification des procédures d’ouverture ne supprime pas les exigences de qualité et les relations de confiance bâties depuis des années. Il est certain que cette réforme va être l’occasion de rebattre les cartes puisque de nouvelles collaborations entre les acteurs de l’écosystème vont voir le jour : les établissements, les entreprises, les apprentis, mais également les OPCO, et les Régions.

« Modèles économiques, modèles pédagogiques et positionnement dans la chaîne de valeur seront ainsi les clés de succès des acteurs de l’alternance ! »

Jean-Christophe Chamayou (Lafayette Associés)

Quelles compétences professionnelles pour un lendemain digital ?


Selon les dernières estimations : « 50% des métiers devraient être impactés par le numérique d’ici 2025 : 25% d’entre eux seront automatisés, 10% totalement transformés. 20% des emplois actuels pourraient disparaître sous l’effet de la transformation technologique et 85% des emplois de 2030 n’ont encore été inventés » (Sources Presse Professionnelle). Alors que le document d’orientation annonçant les prémices de la Réforme Professionnelle s’était donné pour ligne de conduite d’assurer une véritable cohérence entre les réalités actuelles (et futures) du marché de l’Emploi et celles du secteur de la formation professionnelle, quelles seront concrètement les nouvelles « approches compétences » à déployer pour ne pas se laisser happer par la « vague digitale » qui s’annonce ?

La ministre du travail Muriel Pénicaud l’avait annoncé elle-même : les dépenses prochaines accordées au développement de la formation porteront avant tout sur les compétences des individus, celles-ci permettant de pallier l’inadéquation existante entre les besoins du marché de l’emploi (plus particulièrement des bassins d’emplois) et les profils des candidats. Alors que s’annonce dans une logique purement schumpétérienne la création de nouveaux emplois au détriment de la disparition de certains (sous l’effet de l’Intelligence Artificielle et de la robotisation), la situation actuelle indique déjà que certaines branches professionnelles peinent à trouver des employés qualifiésMais au lieu de n’appréhender cette transformation numérique du marché que sous un angle alarmiste, peut-être faudrait-il envisager l’arrivée de ces innovations sous un œil bienveillant dans la mesure où elles ouvrent également la voie à de nouvelles perspectives.

Des innovations nécessitant une adaptation rapide de la part des individus, mais créatrices d’opportunités !

Face aux bouleversements annoncés, l’offre de formation devra non seulement s’adapter de façon progressive à une nouvelle demande, mais elle devra également prendre en compte de nouvelles compétences dont le territoire aura été défini en amont : le nombre d’emplois transversaux ou interbranches ne cessant de croître dans les entreprises. De même, dans le cadre de la transformation digitale du marché de l’emploi, une première ébauche de socle de compétences numériques sera présentée aux pouvoirs publics et possiblement déployé au travers du PIC (Plan Investissement Compétences). Cette première ébauche laissant entendre qu’un effort conséquent allait être consacré à la montée des compétences digitales au sein de la formation initiale & continue. Car nul doute que le numérique aura un véritable impact sur la transformation du travail ainsi que son organisation, impliquant à la fois des changements d’emplois & de tâches, et par conséquent de nouvelles formations professionnelles pour les individus !

Des formations placées sous le règne de l’immédiateté, de l’accessibilité…

Alors que le gouvernement a pour projet de lancer une application, l’utilisation des nouvelles technologies comme les MOOCs, la réalité augmentée et même virtuelle, constituera un défi de taille pour l’ensemble des acteurs de la formation traditionnelle. L’accès à ce type de technologies offrira certes un accès à de nouvelles connaissances & expériences, mais encore faudra t-il qu’en parallèle les individus puissent y avoir accès aisément (facilité et possibilité d’accès), de sorte que ces nouvelles pratiques répondent aux aspirations mises en exergue par la réforme de la formation professionnelle du gouvernement : simplification, universalisation, autonomie. Soit la promesse que les individus qu’ils demeurent jeunes, chômeurs ou actifs, aient la capacité à maîtriser ces nouvelles technologies. A noter que sur un plan économique, la formation à distance permet de diversifier son offre tout en améliorant le taux d’accès et la maîtrise des coûts.

 « C’est en développant l’employabilité de tous nos concitoyens que les mutations technologiques seront vécues non comme une menace mais comme la possibilité d’accéder à des opportunités nouvelles.» (Pierre Gattaz, président du Medef)

L’utilisation du digital dans le secteur de la formation n’a de sens que s’il est « accompagné et pensé pour favoriser, l’apprentissage » ! La quête de dématérialisation de l’offre de formation par l’illustration de nouveaux outils et méthodes, nécessite par ailleurs des investissements importants de conception, de diffusion et de mise à jour de l’information. Il est par conséquent primordial de veiller à ce que ces nouvelles dépenses « s’avèrent fructueuses et apportent à tous la valeur attendue » !

 

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La réalité virtuelle au service de l’expérience formatrice :  quelles promesses pour l’IA (Intelligence Artificielle) ?

Force est de constater un essor considérable du nombre d’innovations issues de l’intelligence artificielle ces deux dernières années. Cependant, malgré des débuts prometteurs annoncés, probablement liés aux penchants habituels pour la nouveauté et « le gadget », peut-on réellement assimiler ce progrès technique à un outil efficient de la formation professionnelle ?

Tout d’abord, il sera bon de rappeler que la réalité virtuelle est une technologie informatique simulant  la présence physique d’un utilisateur dans un environnement artificiellement généré par des logiciels, environnement avec lequel l’utilisateur peut interagir… Dans le contexte de la formation professionnelle, l’objectif n’adresse en aucun cas une intelligence artificielle forte se rapprochant d’une machine qui serait détentrice d’une intelligence et conscience humaine (autrement dit une sorte de double humain) : une situation qui se révélerait auquel cas inefficace et superflue dans le cadre d’un développement de nouvelles compétences. La direction choisie par l’utilisation d’une telle technologie au sein de la formation professionnelle, consiste davantage au développement de programmes de reconnaissance visuelle, ou encore de traitement de langage.  En somme la simulation de tâches cognitives à l’objet bien spécifique : cf. exemple de la société Immersive à Lille qui propose de s’immerger grâce à la réalité virtuelle dans le pilotage d’avions de chasse ou d’un A320… 

En définitive, face à la montée des compétences digitales auprès de tous les secteurs d’emploi (Santé, Industrie, Transports etc.), l’offre de formation doit s’adapter à l’évolution rapide d’un contexte technologique chaque jour plus dynamique. Pour cela, l’outil de formation initiale & continue constitue plus que jamais un enjeu stratégique majeur. L’articulation existante entre formation initiale (celle des savoirs) et continue (celles des compétences expertes et transverses) doit se faire de façon cohérente dans la mesure où les compétences amenées par chacune doivent tendre vers ses évolutions : principe de la formation tout au long de la vie !

La formation doit évoluer au travers des nouvelles compétences digitales, mais aussi dans la façon dont ces compétences sont acquises :  la pédagogie compte !

Il est à noter que l’Ecole et la formation initiale n’ont pas vocation à s’adapter en continu aux transformations conjoncturelles, c’est-à-dire aux évolutions en temps réel du marché de l’emploi. Cependant, elles modifient en profondeur et dans la durée les pratiques pédagogiques. De nouveaux outils & méthodes apparaissent alors, jusqu’à en devenir des « conventions scolaires » indéniables : maîtrise des logiciels Office/Adobe, recherche intelligente de l’information sur internet & ses plateformes, tutoriels, enseignement concernant la protection des données personnelles… Le numérique devient même porteur d’une nouvelle forme de culture, se rapportant à des valeurs comme la confiance, l’acceptation du doute, du risque, l’erreur…

Par ailleurs, le digital se doit de faciliter la pédagogie traditionnelle (en présentiel) en offrant par exemple plus de temps aux professeurs pour accompagner les étudiants. Cependant la diffusion des savoirs au sens traditionnel, ne doit pas pour autant disparaître en se substituant au profit des nouvelles techniques pédagogiques : la relation entre le professeur et l’étudiant reste essentielle, tout comme la prise de note manuscrite facilite davantage la mémorisation…  Ainsi, combiner présentiel et distanciel permet de mettre à disposition des ressources en ligne dont les apprenants prennent connaissance avant de venir en discuter de vive voix avec l’enseignant.

 

Réforme de l’apprentissage : « avantage branches ! »


Après deux semaines d’interruption, les négociations visant à poser les jalons du système d’apprentissage en France, « semblent » s’être finalement accélérées le vendredi 9 février. Pour rappel, une série de 9 rencontres bilatérales avaient été annoncées entre le 22 et 26 janvier, celles-ci ayant pour objectif de réunir le cabinet de la ministre du travail et les principaux acteurs concernés, à savoir les régions et les partenaires sociaux (8 organisations patronales & syndicales au total).

En cas d’échec des négociations, le gouvernement devra alors reprendre la main sur ce « dossier de la discorde », d’ici là un compromis devrait être trouvé le 16 février. 

Mais un conflit incessant, opposant régions & partenaires sociaux sur la question houleuse de l’apprentissage, a semble-t-il donné du fil à retorde aux négociations, provoquant notamment plusieurs interruptions  : le Medef et la CPME (*) s’étaient en effet retirés des échanges le 17 janvier dernier, à la suite des déclarations de Hervé Morin, actuel président de l’association des Régions de France. L’ancien ministre de la défense ayant rapporté un éventuel terrain d’entente avec le Premier ministre Edouard Philippe en faveur d’un droit véto sur l’ouverture des CFA, et d’une disparition de la taxe d’apprentissage (au profit d’une contribution d’alternance unique située entre 0,8 et 0,85% de la masse salariale des entreprises).

En somme, beaucoup de remue ménage au vu de la « Révolution Copernicienne » annoncée par Muriel Pénicaud, rappelons que celle-ci avait été décrite comme telle au moment de la publication du document d’orientation en novembre dernier. La ministre du travail y avait alors indiqué vouloir confier la gestion de l’apprentissage aux branches. 

Ainsi, de nombreuses divergences ont été suscitées par l’évocation d’une gestion des ressources financières & organisationnelles des CFA, sous-entendant la collecte et redistribution de la taxe d’apprentissage.  Lorsque les Régions clament vouloir répondre à une logique locale, autrement dit en adéquation avec les besoins & compétences de leur territoire, les Branches & OPCA invoquent quant à eux vouloir redonner à l’Entreprise une place centrale en vue d’obtenir une plus grande réactivité et adaptation des cursus (pour faire face aux besoins réels de l’économie). Les Conseils Régionaux prônent ainsi une cohérence de leurs compétences sur la formation des jeunes et le souci de prise en compte des besoins territoriaux à l’échelle régionale en évoquant l’idée qu’une mobilité professionnelle serait supérieure à une mobilité géographique des actifs.

 
Placer les Entreprises au cœur du système & mettre fin à « un système administré » 

« Les Régions ont davantage de moyens depuis la dernière réforme et le nombre de contrats a pourtant baissé en 2016. »                    (Claude Marrigues vice-président de la CPME)

Pour les organisations patronales, il apparaît certain que les entreprises et les branches professionnelles doivent jouer un rôle moteur dans le pilotage des politiques d’apprentissage. Le Medef a indiqué refuser toute politique interventionniste, justifiant une lourdeur bureaucratique & opaque qui ne permettrait pas de répondre de manière réactive aux besoins en compétences des entreprises. Pierre Gattaz a néanmoins indiqué qu’il serait plus intransigeant si les régions conservaient un rôle incitatif plutôt qu’obligatoire par le biais de COM incitativesLa CPME (ex-CPGME) soutient également cette idée en ajoutant qu’il faut avant tout connaître les compétences dont les entreprises ont besoin, en fixant des objectifs aux branches via leurs propres observatoires. Néanmoins, la confédération des PME admet que les données émises devraient être croisées avec celles des observatoires régionaux.

45% des DRH indiquent ainsi avoir rencontré des difficultés à recruter un apprenti sur leur bassin d’emploi. (enquête Flash ANDRH du 29/01/18)

Les représentants des Ressources Humaines souhaitent quant à eux que les OPCA et branches professionnelles deviennent des interlocuteurs privilégiés dans la gouvernance de l’alternance, dénonçant par la même occasion l’existence d’une hétérogénéité des politiques jusqu’alors menées par les Conseils régionaux. (Sources Presse Professionnelle)

Les Régions ont une connaissance fine des territoires et de leurs besoins en compétences !

Le président des Régions de France a souligné que cette réorganisation du système où la gestion serait confiée aux branches, engendrerait des inégalités dans les endroits où les bassins d’emplois demeurent des territoires déserts, voire un retour à l’Etat Jacobin….

De son côté, la CGT ne conteste pas le pilotage des CFA par la région mais s’interroge sur le meilleur moyen d’améliorer la transparence sur leur financement. Michel Beaugas (secrétaire confédéral  emploi-formation FO) a également souhaité que le gouvernement « éclaircisse ses positions en termes de financement et de gouvernance sur l’apprentissage et l’alternance ».

Les apprentis sont un peu les oubliés de l’histoire…

Le président de l’Association des jeunes apprentis (Anaf), Aurélien Cadiou a regretté pour sa part qu’on ne parle jamais des apprentis : « on a l’impression que la seule bataille entre les régions et les branches c’est l’argent et à qui va être attribuée la taxe d’apprentissage. » (Sources AFP). En déclarant par la même occasion que certaines écoles toucheraient des ressources issues de la taxe apprentissage alors qu’elles ne disposent pas d’offres d’apprentissage pour leurs étudiants…Muriel Pénicaud avait par ailleurs souligné, à l’occasion d’une interview donnée pour l’Etudiant.fr, que les entreprises actuelles peinaient à trouver des candidats.

« La France ne compte que 400 000 apprentis quand 1,3 millions de jeunes ne sont ni à l’école ni en formation, ni en emploi. » (Muriel Pénicaud)

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, s’est rangé du côté des branches en précisant qu’elles devront en retour « jouer le jeu »en recrutant davantage de jeunes apprentis d’ici 1 an, ajoutant qu’avec la réforme annoncée par le gouvernement, « il n’y avait plus de frein à l’apprentissage ».

Dans cet affrontement d’opinions et de perceptions où l’argument systématique de la cohérence (et de la simplification) est invoqué par chacun des partis, quelles ont été finalement les décisions avancées par le gouvernement ce vendredi 09 février ?

Constance Chargée de Communication

 

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Réforme de la formation professionnelle – Quelles sont les mesures phares du document d’orientation ?


Le 15 novembre dernier, l’exécutif a transmis aux partenaires sociaux un document d’orientation de 10 pages, celui-ci faisant état des mesures phares qui guideront la réforme de la formation professionnelle dont la loi devrait être discutée aux alentours du printemps 2018.

Cette feuille de route annonce une transformation en profondeur dans la mesure où elle touche l’ensemble des acteurs, des dispositifs, des financements du secteur de l’emploi-formation…
Il s’agit de modifier les différents mécanismes de régulation de l’offre de formation & de certification, mais aussi de rediriger les financements tout en désintermédiant l’accès à la formation afin qu’elle touche une plus grande diversité d’individus.

Pour cela, les partenaires sociaux devront se pencher sur des négociations visant à repenser : les modalités du CPF, la simplification des plans de formation des entreprises, la formation des personnes les plus vulnérables (demandeurs d’emploi, jeunes) ou encore la (re)valorisation de l’alternance… le tout agrémenté par les mots d’ordres « compétences, rationalisation, universalisation, personnalisation » dans une société subissant de plein fouet de nombreuses transformations comme celle de la transition numérique, de la mondialisation etc.

Miser davantage sur les compétences et recentrer la réglementation sur celles-ci, apparaîtrait ainsi comme une des solutions clef pour lutter contre le chômage  :  le chômage de masse serait en effet devenu le vrai mal du siècle  français avec 3 480 000 de chômeurs selon les récentes données Pôle Emploi. Un chantier colossal est donc attendu et, où les premières fondations viennent d’être érigées dans l’objectif de reconstruire un système de formation en réelle adéquation avec les enjeux économiques, sociaux et technologiques de la société.

Retour sur les premières pistes annoncées par le gouvernement, celles-ci ont pour objet « d’expliciter les principaux objectifs au vu de la réforme prochaine à conduire… ainsi que les options possibles sur lesquelles les partenaires sociaux sont appelés à négocier » (Document d’orientation – Novembre 2017).

 

Transparence, adaptabilité, cohérence, simplification et équité, tel est le crédo que le gouvernement souhaite mettre en application.

« Créer une liberté professionnelle pour les salariés via un compte personnel de formation facile d’accès, opérationnel et documenté »

« Le CPF doit devenir l’unique droit personnel à la main des individus dans une logique d’appropriation directe ». Le CPF[1] semble pourtant souffrir actuellement de limites dans sa mise en œuvre malgré des résultats non négligeables. Toutefois selon le CNEFOP (Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle), les conditions de mobilisation du CPF restent à améliorer. De plus, face aux espoirs perdus du CIF, le gouvernement préconise un approfondissement du CPF afin de simplifier les mécanismes d’accès à la formation professionnelle. Pour cela, le salarié doit devenir totalement autonome (plus aucun intermédiaire ne rentrera en compte dans la gestion de son propre compte de formation), et l’accès au CPF sera facilité par la suppression des listes de formations éligibles  accusées de restreindre les possibilités d’accès à la formation pour les demandeurs d’emploi !

En somme, les demandeurs d’emploi pourront avoir accès à des formations certifiantes, qualifiantes ainsi que diplômantes. Afin de pallier cet objectif d’appropriation directe, une application numérique verra le jour ! Malgré une amélioration visible de son interface internet en 2016, le site du CPF peine à afficher des informations sur les certifications lisibles. Cette application permettra de mettre à disposition de ses utilisateurs des données en temps réel concernant les droits individuels acquis sur le CPF, mais aussi concernant les offres d’emploi disponibles sur le bassin d’emploi, les formations préparant à l’acquisition des compétences requises ou encore le taux d’insertion dans l’emploi à l’issue des formations proposées.

Organiser un effort de formation des demandeurs d’emploi pour lutter contre le chômage

Le gouvernement mentionne un déficit de compétences s’expliquant par les difficultés structurelles & conjoncturelles de la France. Le manque de qualification de certains publics dont les compétences ne sont pas suffisamment adaptées aux évolutions de la société, suscite un réel questionnement. En parallèle du rôle attendu des régions, un plan d’investissement compétences (PIC) est envisagé à partir de 2019 : toujours dans cette logique d’accessibilité à un plus grand nombre, le PIC (financé sur la base d’un prélèvement de la masse salariale) permettrait ainsi de former un million de demandeurs d’emploi de longue durée ainsi qu’un million de jeunes sans qualification. Néanmoins, la réussite du PIC repose une nouvelle fois sur l’adéquation entre les offres de formations et les besoins en compétences des entreprises sur le marché !

Favoriser l’investissement massif des entreprises dans les compétences des salariés

Au-delà de leur participation au financement de la formation professionnelle (14,3 milliards de la formation professionnelle a été financée par les entreprises – chiffres PLF 2015), les entreprises devront s’assurer des besoins en compétences de leurs salariés et les anticiper, lors par exemple d’entretiens professionnels biannuels qui auront pour but de favoriser et surtout de formaliser les plans de formation. A noter qu’il est urgent d’adapter les capacités (en parallèle des moyens financiers qui devront leur être apportés) des salariés issus de TPE-PME aux enjeux de la révolution numérique. Dans l’ensemble, des outils & contenus adaptés aux besoins en formation des salariés (temps disponible, modalités pratiques d’accès sur la base du e-learning) participeront à l’élaboration d’une pédagogie plus souple et plus active…

 

A l’aube d’une « Révolution Copernicienne » – Refonder le système de formation en alternance sur les besoins des entreprises et attentes des jeunes

Le document fait état d’un système d’alternance complexe et moins efficient que le modèle de nos voisins européens comme l’Allemagnel’Allemagne compte trois fois plus d’apprentis qu’en France et présente un taux de chômage des jeunes trois fois moindre, soit le taux le plus faible d’Europe. « Malgré des progrès récents » indique le document d’orientation, force est de constater une certaine rigidité du système s’expliquant par une gestion administrative assez bureaucratique des centres de formations d’apprentis (CFA), ne répondant pas toujours aux besoins des entreprises et de manière plus générale à ceux des branches. D’autant plus que beaucoup de ces CFA peinent à remplir leurs effectifs ! L’organisation des rythmes d’alternance est jugée quant à elle trop contraignante pour les entreprises, ce qui entrave en conséquence la recherche des candidats à l’apprentissage ou au contrat de professionnalisation… Par ailleurs, le financement pourrait à terme être remplacé par celui du contrat de professionnalisation dont les conditions d’accès sont jugées moins complexes pour les candidats, mais dont le coût apparaît néanmoins plus onéreux pour les entreprises !

*Pour le moment aucune certitude concernant une fusion entre les 2 types de contrats d’alternance, dont la promesse avait été pourtant faite lors de la campagne présidentielle…

 

Développer la régulation du système de formation professionnelle par la qualité et renforcer l’accompagnement des actifs

Le gouvernement annonce qu’une transformation efficace ne sera possible qu’à la condition que le système de certification de l’offre de formation soit considérablement rénové. Toujours dans ce souci d’adaptabilité aux évolutions structurelles et conjoncturelles de notre société, le système d’offres de formation se devra de répondre à une double logique d’efficacité sur un plan à la fois économique et social. Pour cela, « donner plus de liberté aux actifs dans la gestion de leur droits peut nécessiter un accompagnement renforcé permettant une utilisation effective (répondant aux besoins des entreprises mais aussi des personnes) ».

Une plus grande transparence et communication sur la qualité des offres de formations sera alors nécessaire :

  • Un cadre des qualifications clair et simple (homogénéiser la notion de blocs de compétences), permettra d‘orienter l’ensemble des acteurs dans la compréhension de ce nouvel écosystème. En d’autres termes, la connaissance d’offres de formations professionnelles adaptées aux champs de compétences requis, permettra de répondre une nouvelle fois à cette quête de cohérence & de réalisme attendue. En ce sens, les offres de formation certifiées se révéleront être des indicateurs appropriés pour les entreprises et les individus, et devront être connues et accessibles par chacun ! 

« Avec plus de 10 000 certifications actives enregistrées au RNCP et 1200 certifications recensées à l’Inventaire, le système français ne semble pas répondre à cet impératif »

  • La mise en œuvre du CPF a enrichi également la finalité du RNCP, devenant également un prérequis pour l’accès à des financements mutualisés. Entraînant à la fois une hausse de la demande d’enregistrement au RNCP ainsi qu’une exigence plus forte des critères d’éligibilité….

Passer à une nouvelle étape de la démarche qualité de la formation – Les certificateurs soumis à une obligation de certification :

Pour rappel, le décret du 30 juin 2015 a fixé les 6 critères et le mode opératoire permettant d’améliorer la qualité en matière d’offres de formation : par le biais de labels /certifications (cf. liste du CNEFOP), soit par le biais d’une procédure d’évaluation en interne… Ainsi, afin de garantir une plus large transparence de l’offre de formation aux individus, les organismes délivreurs de formation pourront être à leur tour certifiés par le COFRAC (Comité Français d’Accréditation) via un système d’accréditation.

 

Si ces négociations aboutissent à un accord, elles pourront venir nourrir la future loi. L’objectif du gouvernement étant de déposer au printemps 2018 un projet de loi au Parlement !

 


 Afin de répondre au mieux à cette quête de transparence & de cohérence, il faudra tenir compte au gouvernement de l’ensemble des facteurs structurels et conjoncturels responsables de l’inadéquation entre les besoins d’emploi et la formation, à savoir ceux responsables d’une coexistence d’un chômage élevé et des besoins en recrutement non satisfaits. Ces complexités sont d’ailleurs de natures diverses, à savoir institutionnelles et administratives… Par exemple il existe en France un problème spécifique de formation des adultes et des jeunes peu ou pas qualifiés, « ce qui altère la possibilité de trouver un emploi pour un jeune demandeur mais aussi le maintien dans l’emploi des salariés faiblement qualifiés » (Livret Blanc « Quel avenir pour la Formation »- SYNOFDES).

Il serait pertinent de remonter à l’une des sources du problème, dans la mesure où l’on constate également des disparités en matière de compétences de bases, autrement dit les compétences acquises lors du passage de l’individu dans l’enseignement secondaire : compétences cognitives, linguistiques, mathématiques, interpersonnelles… Selon une étude menée par l’OCDE dans 14 pays, les travailleurs ayant perdu leur emploi sont ceux qui « mobilisaient le moins de compétences mathématiques, verbales, cognitives et interpersonnelles » avant le licenciement et qui occupaient des emplois requérant un niveau de formation moins élevé que le niveau moyen ». Il existe un « déficit criant en matières de compétences de base concernant toutes les classes d’âges et altère durablement nos politiques de l’emploi et notamment la réduction pérenne du chômage » (Livret Blanc « Quel avenir pour la Formation »- SYNOFDES).

Par ailleurs, les nombreuses transformations de l’économie impliquent la maîtrise de compétences clés et transversales par l’ensemble des actifs. Dans une logique schumpetérienne, les grandes évolutions que connaît actuellement notre pays nécessitent des compétences spécifiques permettant de faire face au développement du numérique mais aussi à la transition énergétique. On ne cesse de le répéter, de nouveaux écosystèmes voient le jour (ubérisation, décroissance, digitalisation, robotisation etc.) et modifient les modalités de conception, de fabrication, de distribution et d’échanges… qui à court terme engendrent des mutations conséquentes sur le marché de l’emploi. L’offre de formation professionnelle française doit par conséquent évoluer pour ne plus s’attacher seulement « au développement des compétences spécifiques attachées au poste de travail » mais pour embrasser plus largement les compétences transférables et transversales dont l’économie a besoin » (Livret Blanc « Quel avenir pour la Formation »- SYNOFDES).

«Rendre effectif le droit à l’orientation tout au long de la vie professionnelle suppose d’amener chaque actif à développer sa capacité à faire des choix de façon éclairée, en fonction des contextes et des enjeux de territoire, à un moment donné »

 

Enfin, l’objectif de transparence prôné par le gouvernement est primordial dans la mesure où certains droits individuels sont peu connus voire mal perçus par les citoyens : si 90 % des cadres déclarent avoir entendu parler du Compte Personnel de Formation (CPF), ce n’est le cas que de 57 % des employés et de 53 % des ouvriers. De même, les salariés en CDI sont aussi une majorité à connaître les différents dispositifs de formation comparé aux salariés en CDD (Sources IFOP 2017). Hors mis les processus à mettre en place, la transparence devra être ainsi impulsée par une communication publique plus soutenue de la part du gouvernement, du Pôle Emploi et de ses prestataires extérieurs chargés de la formation & de la réorientation des demandeurs d’emploi !

 

 

[1] Le CPF apparaît quant à lui encore trop peu visible pour les usagers « Malgré un effort de professionnalisation du CEP, celui-ci reste encore trop méconnu des 25,8 millions d’actifs occupés. » (livre blanc)